Le Gabian Déchaîné

Cassis et Hommage à nos anciens

Et si aujourd’hui je vous parlais un peu de mon village que j’aime ?
D’autant que dans mes amis, tous ne sont pas de la région. Alors autant essayer qu’ils se l’imaginent comme je le vois. Autrement que des commentaires d’un guide touristique ou d’un conteur des rues qui vont vous gaver d’informations glanées dans les archives municipales, dont vous n’avez rien à foutre pour 90%… mais d’en parler simplement avec mon cœur de fada !

Sur le coup, j’ai une envie de la faire un peu longue, avec mon accent du pays et un soupçon d’un insolent chauvinisme, pour passer un message aux visiteurs du hasard. Vous conter ce village provençal qui est le mien, en essayant de vous dévoiler son âme plutôt que de dépeindre l’image ensoleillée genre carte postale de son port, de ses plages ou de ses calanques, qui pourtant, méritent aussi qu’on s’y attarde.

Il se peut qu’un jour, en route pour la côte d’azur, avec le vœu de séjourner dans la région dites plus glamour, vers Nice, Canne, ou St-Trop… au carrefour d’un péage d’autoroute traversant le massif du Garlaban, en arrivant sur Aubagne, vous preniez au hasard la direction de Toulon et le bord de mer plutôt que par les terres du côté de Brignoles, pour rejoindre votre destination initiale de villégiature.
Sachez que par-là, dans le trou juste derrière les collines rondes où pousse la garrigue parfumée de mille senteurs, pelées par les vents du nord et les flammes, se cache Cassis.

Pour y accéder, donnez-vous la peine de devenir oiseau, grive, mouette, gabian ou aigle de Bonelli, qu’importe, et laissez-vous porter par le mistral en volant bientôt au-dessus d’une vallée où, si vous piquez en direction d’une ligne bleue entre ciel et mer, semblant assoupi, bordé de rouge par sa falaise et de blanc par ces rochers calcaire, il est là.

Traversez les côteaux rayés de vignes plantées sur une terre couleur feuille-morte bordée de murets de pierres sèches.
Vous dérivez sur un hameau recouvert de tuiles rondes, rustiques, de glaise rouge, aux travers des rues, vieilles, belles et vivantes de tous ces jeux d’ombres sur des façades ocre patinées.
Des toits chacun dissemblable au suivant, de ces ruelles en pente, où si vous posez une bille à terre, elle vous guidera jusqu’à au milieu d’une foule pressée et tapageuse, qui circule autour du port tel un carrousel qui ne s’arrêtera qu’à la nuit tombée… Sans que vous prêtiez attention, en passant à côté de ces vieux assis sur le banc du passé, à l’ombre d’un platane et de la maison des douanes ornée de ses balcons style colonial, juste en face du vieux château vaniteux qui se dresse pour faire le fanfaron posé sur son monticule qui surplombe le vieux village.
Sur ce banc, nos anciens peuvent vous conter des histoires avec l’accent semblable à celui d’une trilogie bien connue, qui devrait bientôt ne plus faire parti que du folklore.
Pourtant, ils sont les derniers témoins de ce village de la côte à l’architecture authentique encore en état de pouvoir imaginer son passé, avec des phrases qui chantent des mots si drôles, qu’à les écouter raconter de mémoire, le sourire ne vous quitte plus.

C’est alors que vous allez comprendre que les petits villages de Provence, recèlent bien plus qu’une source intarissable de soleil, machine magique à bronzer les cigales du monde entier.

En longeant sur la droite la presqu’ile, la pointe Cacaù vous cachent encore une merveille, la calanque de Port Miou !

Et non, vous n’avez pas encore tout vu, et c’est en vous parlant de mon passé avec une pointe de nostalgie… que je vais vous présenter cette calanque qui est à moi et que j’aime d’amour ! (enfin dans ma tête de couillon de la lune)…
Même s’il me faut pour cela appuyer sur un accent que je n’ai retrouvé que depuis peu, qui sera à son tour choucas des montagnes, canard humide d’avoir traversé les cottages normands en y éparpillant sa semence, puis cassiden en Hispanie et m’y déchirer le cœur… Je vais me retransformer en gabian pour vous faire chanter les lettres d’histoires de nos steppes calanquoises !

Port Miou ! « port meilleur » C’est un nom qui voulait être une invite aux marins qui venaient y mouiller sans craindre les tempêtes d’Est ou de Mistral, dans cette calanque aussi profonde qu’un fiord.
Jadis, elle était la plus belle des Calanques, avant que la carrière Solvay ne l’ampute d’une grande partie de son flan bâbord (quand on arrive du large).
Plus jeune, avec mon ami Daniel qui habitait tout près, sur la route qui descendait à la carrière, dont la mère se faisait un plaisir de me garder alors que la mienne se tuait au travail pour élever trois nistons après le décès de mon père… nous allions y passer une grande partie de la journée, en fait, c’était notre terrain de jeu préféré, entre autre pour grimper dans les wagonnets qui roulaient sur leurs rails chargés de gravier, en risquant de se faire écrabouiller les pieds.

Dans cette calanque l’eau était froide à cause des sources et de la mystérieuse rivière souterraine qui coule marron les jours d’orage, habituellement aussi claire qu’un lagon tropical.

Notre youyou de bois, que nous avions trouvé sur la petite plage, certainement abandonné par un navigateur sans-gêne, nécessitant qu’un de nous écope pendant que l’autre godille en direction de la passe, pour y voir de près les voiliers tirant sur leurs amarres, semblant vouloir dire qu’ils étaient depuis trop longtemps privés de grand large.
A cette époque, la majorité les bateaux étaient ceux d’aventuriers. Enfin, il nous plaisait de le croire même si seulement quelques-uns avaient passé Gibraltar, tant ils nous attiraient dans des rêves d’aventures, de corsaires, de cape et d’épée et de grands voyages, où il n’était pas question de chercher fortune, mais de pouvoir revenir en disant, nous l’avons fait.

Passée mon adolescence, mes rêves devanceront l’esprit cartésien du petit cassiden que j’étais, pour aller visiter ces pays imaginaires et m’apercevoir que le plus beau d’entre tous, c’était ici.

Port-Miou ! C’est pas la peine d’y aller pour se baigner au milieu des voiliers amarrés tout le long des berges esquichés les uns contre les autres, ou y faire une bonne pêche comme à l’époque où il nous suffisait d’une palangrotte et d’un poil de patience, pour y prendre un beau poisson.
C’est une réalité, malheureusement affligeante, que notre mer méditerranée se meurt, ce qui ne m’empêche pas d’imaginer ma calanque, toujours aussi belle avec mes yeux du passé.

Quand je pense à… non pas à Fernande… je pourrais te parler du village des heures, du Cassis des années soixante, avec mon esprit gardien de phare simpliste et rêveur, avec des souvenirs parfois inavouables, en compagnie de mes frères et de mes amis dont je ne partageais pourtant pas l’esprit sédentaire. Réalité d’une caricature de cassidens qui, pour beaucoup, n’ont jamais été plus loin que la couronne de Charlemagne, une des vieilles montagnes de calcaire sur le haut du village qui surplombe les vignes et le quartier des janots.

Voir le jour à Cassis et y vivre est un privilège qu’on revendique parfois trop fort, d’être cassiden et non pas cassidain, dans une suffisance après avoir été choisis les élus d’un paradis avant même d’expirer, et sans nécessité de passer à confesse un abus de luxure… Cassidens qui même pendant la guerre n’ont pas trop connu l’enfer, passant humblement et depuis toujours, d’une saison à l’autre, du cri des gabians déchaînés se disputant l’imprudence d’un banc de sardines, au chant des cigales.
Le son cadencé du teuf teuf du moteur Bernard de leur pointu qui se noie dans le jour qui se lève sur un horizon de mer bleue, sans d’autre soucis que d’y prendre un amer sur le phare de Cassidaigne, et un suivant sur la pierre d’Aubagne et la pointe Cacaoù, pour caler ses filets à moins d’un mille dans cette baie où dans le temps, l’abondance se devinait au milieu d’une posidonie verdoyante et des fonds rocheux pullulant de gros loups solitaires, des ragues à sars débordantes, de mérous à l’agachon et de petits rougets dont on se régale toujours aujourd’hui, qu’on pêche sur un fond de sable, dans une eau presque froide par ce courant qui vient de la fosse au large, où les profondeurs seraient le refuge du malin.

Phil Siep

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Le Gabian Déchaîné et le forum de cassis ?!
Un vieux monsieur me fera un grand plaisir un soir, en me confiant:
– Tu sais que ton forum, c’est un journal citoyen engagé à défendre le pays comme il n’y en avait jamais eu depuis fort longtemps…
En remontant dans le temps, je ne vois que celui d’Emile Bodin en 1930, le «CALENDAL» c’était un bi mensuel destiné à défendre la population rurale contre l’usine de ciments qui éventrait les terrains au-dessus de la gare, et les carrières de Port-Miou qui détruisaient les calanques.
Comme Emile, vous partez en croisade et vous dénoncez les affaires qui sont un risque pour le patrimoine cassiden !
Je pense que s’il était encore là, il serait avec vous plus jeune que jamais !
– Je lui ai répondu, mais il est avec nous !

Paul Truchon

Le Gabian Déchaîné et le forum de cassis ?!
Un vieux monsieur me fera un grand plaisir un soir, en me confiant:
– Tu sais que ton forum, c’est un journal citoyen engagé à défendre le pays comme il n’y en avait jamais eu depuis fort longtemps…
En remontant dans le temps, je ne vois que celui d’Emile Bodin en 1930, le «CALENDAL» c’était un bi mensuel destiné à défendre la population rurale contre l’usine de ciments qui éventrait les terrains au-dessus de la gare, et les carrières de Port-Miou qui détruisaient les calanques.
Comme Emile, vous partez en croisade et vous dénoncez les affaires qui sont un risque pour le patrimoine cassiden !
Je pense que s’il était encore là, il serait avec vous plus jeune que jamais !
– Je lui ai répondu, mais il est avec nous !

Paul Truchon



1 Commentaire

  1. caroline dit :

    Aujourd’hui, j’ai 33ans et je pense aux cassidains de mon enfance.
    Hier, sur le CD des Daïpivo, j’ai entendu Lulu chanter La Valse d’Amour.
    Je pense aussi à Ariste qui prenait son élan à tout bout de champs pour lancer son pas.
    Je pense à ma gardienne Yvonne, à Jean Claude Fautrier qui ne trouvait sa place que parmi les jeunes, à la famille Delcroix du bar du XXe, et tant d’autres.
    Merci au forum d’avoir créé un espace pour partager cette mémoire cassidaine.

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